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Les fourmis en tant qu'individus.

Les sociétés d'insectes sont souvent considérées comme "super-organismes" plutôt que comme groupes d’individus. Ce concept philosophique de la démographie adaptative a été développé par E. Wilson. Selon ce concept, une colonie de fourmis maintient un ratio constant des travailleurs, des sous-castes et d'âges. La question du "Comment ?" reste sans réponse, parce que personne ne semble envisager sérieusement l’importance des interactions personnelles, de l'apprentissage, de la prise de décisions et de la créativité chez les fourmis. Nous ne pouvons pas non plus nier que, dans une colonie de fourmis, un conflit d’intérêts peut naître entre des "collègues" et jouer un rôle important dans leur vie sociale. Le "management" de la colonie par des individus dans une colonie d'insectes sociaux est donc une réalité plutôt qu'une fiction. Dans le même temps, il existe des preuves extraordinaires des remarquables capacités d’apprentissage des insectes. Par exemple leur capacité à compter, à mémoriser et à transmettre des informations sur l’emplacement d’une source de nourriture (éventuellement à l’aide de coordonnées cartésiennes) et la flexibilité de leur comportement individuel.

Malgré cette évidence, l’individualité des fourmis est un sujet souvent soigneusement ignoré par les biologistes. Ce n’est pas parce que les biologistes n’aiment pas les fourmis, mais plutôt parce qu’ils ne veulent pas que leur recherche devienne un cauchemar logistique et moral. Il est beaucoup plus facile d'observer une colonie de fourmis et de noter les règles simples suivies par l’ensemble la communauté. C'est également plus simple parce que nous n’avons pas de méthode pour traiter des données extrêmement abondantes, où chaque "variable" est unique et où beaucoup de données sont des anomalies à exclure de toute règle que nous pensons avoir découverte. Toutefois, en considérant un phénomène comme une anomalie, nous pourrions facilement rater une information essentielle. Nous ne pouvons nier qu'étudier les fourmis nous a causé des problèmes. Nous allons ici développer la partie la plus excitante de notre recherche : la scène de vie, où chaque fourmi est un acteur.

Nous avons commencé l’enquête par un examen détaillé du comportement de fourmis individuelles. Notre hypothèse préliminaire était que les fourmis de différentes espèces se comporteraient différemment. Différentes espèces sont censées avoir différents styles de management, donc nous pensions que nous allions trouver un lien entre le comportement d'une fourmi individuelle et le style de vie d'une colonie. Nous avons étudié 13 colonies de Formica uralensis Ruzsk., 9 colonies de Camponotus japonicus aterrimus Em, 3 colonies de C. saxatilis Ruzsk., 21 colonies de F. cunicularia Glauca Ruzsk., 22 colonies de Cataglyphis aenescens Nyl., 12 colonies de F. picea Nyl. et 17 colonies de F. pratensis Retz.

Alors, que font naturellement ces insectes dans leur vie quotidienne ?

Nous avons commencé par de simples observations du comportement des fourmis dans leur environnement naturel. Nous avons choisi un paysage de steppe peu enherbée pour mieux les observer. Pour prévenir tout dégât que nous pourrions occasionner au monde des fourmis nous portions des chaussettes par-dessus nos chaussures (voir photo) et faisions attention à ne pas trop bouger. Une personne regardait la fourmi et dictait tout ce qu'elle voyait à une autre qui notait tout. La troisième personne traçait la trajectoire de la fourmi sur une carte, à l’aide de signes spécialement conçus (voir photo).

 

La première tâche fut de distinguer les fourmis les unes des autres. On leur marquait de petits points de couleurs différentes sur le dos et l'abdomen. À ce moment-là (1976-1977) nous étions les premiers à marquage individuellement des fourmis dans un environnement naturel. Un peu plus tard, un marquage individuel a été utilisé au Japon pour étudier l'espèce F. yessensis Forel. Nous observions une fourmi, dessinions la trajectoire de son mouvement sur une carte qui localisait ses lieux d'approvisionnement et enregistrions ses activités quotidiennes (nettoyer ses antennes ou son corps, communiquer avec les autres fourmis ou les éviter, escalader un brin d'herbe, faire le guet, attraper des proies, traverser un obstacle…).

En regardant les fourmis étiquetées vaquer à leurs occupations quotidiennes, nous avons pris conscience qu'elles se comportaient toutes très différemment. Des fourmis étaient extrêmement actives et revenaient souvent au  nid avec des aliments. D'autres préféraient se promener dans le même territoire de ravitaillement, ne montrant aucune envie d'aller ailleurs à la recherche de nourriture. Certaines semblaient être très "nerveuses", s'arrêtant constamment en regardant aux alentours, tandis que d'autres préféraient courir très vite. Nous avons même remarqué une fourmi apparemment opportuniste qui régulièrement se cachait pendant des heures dans l'ombre d'une pierre ou d'un brin d'herbe, avant de repérer une autre fourmi avec de la nourriture et la volant pour la ramener au nid ! On pourrait suggérer qu'il s'agissait d'un partitionnement de tâche (les fourmis divisent leur activité d'approvisionnement en recherche et transport, mais la fourmi qui avait été "dépouillée" n'a pas cessé de tenter de récupérer sa nourriture. Elle est également apparue anxieuse par la suite, montrant toutes sortes d'activités de substitution (nettoyer ses antennes, tourner en rond, regarder alentour), un phénomène éthologique bien connu qui tend à réduire le stress psychologique. Aucune autre fourmi de la colonie ne s'est comportée comme la fourmi opportuniste, ce qui signifie que ce comportement lui était socialement propre.

La vie d'une fourmi est pleine de situations nécessitant une prise de décision, voire de la créativité. Les fourmis peuvent prendre des décisions qui modifient les règles fondamentales de leur comportement : par exemple en changeant la façon dont elles recherchent leur nourriture. Normalement, pour trouver une source de nourriture, F. uralensis suivent les traces d'odeurs laissées par les éclaireuses. Nous avons alors embrouillé ces chemins en les alternant au hasard. Après deux ou trois tentatives infructueuses pour suivre les pistes brouillées, les fourmis abandonnèrent cette stratégie qui, clairement, ne fonctionnait pas. Elles trouvèrent ensuite la source de nourriture par d'autres méthodes d'orientation. Les fourmis manifestèrent chacune des réactions différentes à ce problème. L'une tenta de reconstruire le chemin plusieurs fois, tandis qu'une autre abandonna complètement cette source de nourriture. Une autre fourmi commença à utiliser notre présence comme un poteau indicateur vers une nourriture gratuite, alors que d'autres cessèrent de prêter attention aux odeurs et utilisèrent leurs propres signaux d'orientation visuelle.

Dans les colonies de fourmis, l'adaptation est un processus beaucoup plus complexe qui inclut la réorganisation et même l’invention de nouveaux styles de management, démontrant l’adaptation double boucle.

Dans notre blog, nous discuterons de plusieurs questions auxquelles les fourmis ont apporté des réponses. Parmi celles-ci :

  1. Comment les fourmis assurent-elles la cohésion de la colonie ?
  2. Qu'est-ce que le management pour une fourmi ?
  3. Comment une seule fourmi peut-elle affecter le style de vie de la colonie ?
  4. Une colonie peut-elle changer son style de management pour s’adapter à sa croissance ou à des changements environnementaux extrêmes ?

Les réponses des fourmis à ces questions sont présentées dans notre livre "Biomimétisme & Management"

Jean Leprince Posted by Jean Leprince

Après un parcours de plus de 35 ans dans le domaine du marketing international, Jean a contracté le virus de la créativité et de l'innovation en découvrant TRIZ, méthode qu'il a utilisée dans sa spécialité. Pas ingénieur, mais ingénieux (ce n'est pas lui qui le dit), expert agréé et fervent adepte du réseautage d'entreprises, il en connaît les méandres et utilise sa longue expérience pour apporter aux acteurs économiques les conseils les plus judicieux en matière de stratégies d’innovation. Découvrez ses activités au travers de ses sites www.acte2-marketing.net et www.biotriz.be

 

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